
Françoise RIGAUD, adjointe au directeur de Centre IUFM d’Anthony Jouhaux de l’académie de Versailles, a recueilli des témoignages auprès des chefs d’établissements de lycées professionnels à travers toute la France. L'objectif de ce travail est de montrer une réalité plus sensible dans les LP et ignorée souvent des autres enseignants, particulièrement de ceux qui enseignent en lycée général qui ont, cependant, peut-être également, des cas semblables.
La totalité des retours sont à disposition au Centre IUFM d’Anthony Jouhaux de l’académie de Versailles.
F. est élève de Mention Complémentaire pâtisserie. Il est interne. Il effectue sa 5ème année au Lycée.
A son entrée au lycée, l'objectif premier était l'obtention du BEP Hôtellerie, voire l'obtention du Baccalauréat Professionnel Restauration.
F. est l'aîné d'une fratrie de deux enfants. Ses parents se sont séparés en 1985. Il a vécu chez son père avec sa sœur jusqu'en 1996. A cette date, il a obtenu la résidence chez sa mère auprès du juge des affaires familiales consécutivement à des problèmes relationnels avec son père.
Sa mère, remariée, (…) a eu de cette union, trois enfants. Les conditions de vie sont précaires, la gestion du budget, épineuse à certains moments, du fait de l'alternance travail/chômage du beau-père.
Le fonds social lycéen sera sollicité pour des aides ponctuelles. Le système de bourses sera mis en place pour permettre la scolarisation en internat.
Le climat familial n'est pas toujours serein. La cohabitation avec beau-père/enfants de la nouvelle union et mère est souvent tendue.
F. est en quête affective et aura plusieurs compagnes, cherchant vraisemblablement une nouvelle famille ailleurs.
F. grâce à des " extras " pourra se faire un peu d'argent de poche, et ira jusqu'à aider financièrement sa mère.
Mais les conflits mère/fils seront très fréquents allant presque jusqu'à la rupture.
Grâce à l'encadrement pédagogique et éducatif, à l'accompagnement social et infirmier au sein même du lycée, F. maintiendra sa scolarité en internat. Il obtiendra son BEP Hôtelier, poursuivra en Bac. Professionnel Restauration, sans obtenir le bac. Il décidera alors de représenter le bac en candidat libre tout en effectuant, dans le lycée, une année de Mention Complémentaire Pâtisserie, formation diplômante.
Durant cette dernière année au Lycée, il sera tenté d'abandonner sa scolarité pour partir travailler et donc gagner sa vie.
La réflexion avec le personnel éducatif et social le conduira à revoir cette idée de départ urgent dans la vie active.
Nous attendons les résultats Bac et Mention Complémentaire en juin 2001.
Le Lycée aura certainement été un point d'ancrage, avec des repères éducatifs et affectifs, qui lui avaient sérieusement manqué.
Un élève, issu d'un milieu défavorisé, inscrit en section couture, a pris contact avec le chef d'établissement pour le mettre au courant de la situation. Celui-ci, consécutivement à des différends familiaux, était à la rue sans le moindre argent. Il fallait donc agir vite, et dans ce cas, le Fonds Social Lycéen s'est avéré être une aide capitale. En effet, rapidement des fonds en espèces ont été débloqués afin de lui permettre d'acheter en priorité le nécessaire pour se nourrir. De plus, ce jeune a été placé le soir même dans un logement dont le bail a été pris en charge pour un mois par le FSL. Les services sociaux départementaux ont ensuite pris le relais. Néanmoins, une seconde aide en espèces lui a été attribuée par la suite afin qu'il puisse faire face aux dépenses les plus urgentes. Ce jeune a ensuite été scolarisé dans une école spécialisée dans les métiers du spectacle, car il voulait devenir costumier dans un théâtre. Le FSL a d'ailleurs pris en charge les billets de train lui permettant de se rendre à cette école qui se trouvait à quelques 700 kms....
Plus récemment, une jeune élève désirant s'inscrire en section hôtelière nous a alertés sur sa situation. En effet, ce type de section impose l'achat d'un équipement onéreux (mallette de couteaux : 800 F). L'ensemble des frais de scolarité de la jeune fille s'élevait à 4 100 F (abonnement train, livres, trousseau obligatoire...). Le salaire de la mère est d'environ 4 400 F... Inutile d'expliquer ce que représente budgétairement une rentrée scolaire pour cette mère qui élève seule ses 2 enfants. Le FSL a, là encore, joué un rôle important puisqu'il a permis de payer la demi-pension (la famille touchera donc l'intégralité du montant de la bourse) ainsi que le trousseau complet et les frais de transport pour l'année scolaire. Sans cette aide considérable, il est à peu près sûr que cette jeune fille n'aurait pas pu s'inscrire dans la section qu'elle avait choisie.
L'élève L. suit une classe de première année de BEP et est issue d'une classe de troisième technologique dans l'établissement.
Elle est l'aînée d'une famille de quatre enfants. La mère a abandonné le domicile familial il y a plusieurs années. Le père boit.
L'élève L. a du mal à assumer ses tâches familiales et son travail scolaire. Le dialogue avec le père est très difficile, tant pour l'élève, que pour le lycée qui craint toujours des représailles du père sur l'enfant. L'élève est absentéiste. Elle a souvent des entretiens avec la conseillère d'éducation, qui essaie de la responsabiliser face à son avenir.
L. souhaite faire un apprentissage, pour être rapidement indépendante, mais ne trouve pas d'employeur.
Elle réussit à entrer en première année de BEP et semble se prendre mieux en main (assiduité, travail). Mais, peu avant les vacances de Noël, elle alerte la conseillère d'éducation sur le climat familial qui se dégrade pour elle (malmenée par son père).
Un travail d'équipe entre la conseillère d'éducation et l'assistante sociale scolaire de secteur a permis de trouver une solution pour cette élève : un accueil à l'internat lui a été proposé, qu'elle a pleinement accepté.
Ainsi, sans se couper de sa famille, l'élève peut mettre à profit toute sa semaine de travail scolaire et rentrer chez elle le week-end. Elle entretient de meilleures relations avec son père et peut rester en contact avec ses frères et sueurs.
Depuis son entrée à l'internat, elle est toujours présente en cours et son travail est satisfaisant.
Cas d'une élève X. d'une section de CAP Cuisine
Histoire familiale difficile Le père, la mère et trois enfants.
Le père est décédé à la suite d'une toxicomanie. La mère se remarie et naît de cette union un autre enfant.
Le beau-père tue la mère et se retrouve en prison où il décède. Les enfants sont placés en nourrice.
X. est battue par la nourrice à coup de fil électrique. Les enfants sont déplacés chez des nourrices différentes. X sera placée dans des familles d'accueil différentes.
A l'adolescence, elle suit une scolarité correcte pendant les deux premières années et est hébergée dans une famille d'accueil où elle ne pose pas de problème particulier.
En troisième année de CAP elle commence à se faire remarquer, pour des absences, par la Vie scolaire. Des professeurs et des camarades de classe l'aperçoivent aux abords d'endroits peu fréquentables.
L'ASICPE (réunion qui regroupe régulièrement l'Assistant Sociale, l'Infirmière et la CPE) prend en charge la situation et reçoit la famille qui se trouve confrontée au problème que pose X. qui met en avant sa majorité. Des inquiétudes se précisent quant au fait qu'elle se prostituerait.
Elle finit par quitter sa famille d'accueil et se retrouve dans un foyer d'hébergement pour SDF. Il semblerait qu'elle soit sous l'influence d'un frère SDF aussi qu'elle contacte régulièrement.
Des élèves de sa classe, ses professeurs, l'équipe ASICPE se mobilisent pour garder le contact et l'inciter à revenir au LP et passer son CAP.
Elle revient le dernier mois et encouragée par tous, passe son examen qu'elle réussit !
Réussite scolaire mais nous n'avons plus de nouvelles !
Situation familiale : quatrième de douze enfants, N. est dernier du premier lit dont il reste seul. Logement en HLM. Pauvreté surtout affective et culturelle, passivité et consanguinité. N. habite chez sa tante de vingt-quatre ans depuis peu. Elle l'a pris en pitié.
Scolarité antécédente : Orientation en fin de cinquième.
N. a des difficultés matérielles constatées dans l'établissement.
Il est pris en charge depuis qu'il est chez sa tante pour la cantine et le transport.
Conséquences de ses difficultés sur la scolarité : absentéisme chronique, fugues pour rejoindre son père ou ses aînés. Résultats très faibles. Amélioration spectaculaire depuis le changement de domicile : N. s'est ouvert au dialogue et s'est mis au travail. Les somatisations ont pratiquement disparu et il ne fréquente plus l'infirmerie.
Perspective : Dossier " jeune majeur " en cours de réalisation pour lui donner les moyens de passer en BEP (il est en deuxième année de CAP trois ans.)
Les parents de F. sont divorcés. Madame a la garde de ses trois enfants, n'a pas d'emploi et perçoit le RMI, environ 4800,00 F par mois. Ses charges fixes s'élèvent à 1900,00 F par mois (assurances, EDF, loyer, téléphone...). F. a dû s'inscrire à Brest pour préparer le bac choisi : soit à vingt kilomètres de son domicile ; il s'y rend en train et bus : 274,00 F par mois malgré les réductions liées à la situation financière. Pour permettre à F. de poursuivre sa scolarité, le FSL (Fonds Social Lycéen) a attribué des aides :
- pour l'achat des livres scolaires (230F.) : pas d'allocation de rentrée scolaire, il a plus de 18 ans. - pour l'achat de vêtements pour le stage de formations (1000F.)
- le trajet pour se rendre au lycée (240F/mois)
Les bourses scolaires ont intégralement réglé la demi-pension. Le quotient familial de la famille est de 24 F/jour par personne ; La mère de F. a fait toutes les démarches auprès de l'assistante sociale scolaire pour l'aide du FSL ; F. n'a jamais évoqué sa situation aux enseignants.
M. est issue d'une fratrie de huit enfants, sept sont toujours à la charge des parents qui sont tous deux, sans emploi. Le couple perçoit les allocations familiales pour cinq de leurs enfants, les deux aînés étant au chômage, non indemnisés, et ont plus de vingt ans. la situation financière est très précaire. M. a fait le choix d'être externe, ne déjeune pas à la cantine. Elle préfère percevoir la bourse scolaire 900 F./trimestre, car ses parents lui reversent la moitié soit 150F./mois que M. gère pour ses sorties, vêtements... Monsieur et Madame ne peuvent donner d'argent de poche à leurs enfants. Le FSL a été sollicité pour l'achat des manuels scolaires, et de vêtements pour le stage de formation. Les vêtements des stages de formations sont onéreux pour cette famille, et ne font pas partie de la "garde-robe" traditionnelle des jeunes du lycée.
À l'extérieur, la famille est aidée par le Secours Populaire et les " Resto du cœur ".
Malgré cette situation financière difficile, M. est une élève motivée qui se donne les moyens de réussir, elle a un projet de BTS après le lycée, elle a elle-même sollicité l'aide du FSL auprès de l'assistante sociale.
Les bourses scolaires sont perçues en fin de trimestre par les familles (décembre, mars, juin) ce qui implique qu'elles fassent l'avance, de l'intervention du fonds social lycéen.
M., élève de Terminale BEP MC, est née d'un premier mariage. Elle a trois demi-sœurs nées d'une seconde union. Sa mère divorcée, vit seule, sans emploi, bénéficiaire du RMI. Alcoolique, elle n'est plus en mesure s'assumer ses responsabilités éducatives, matérielles, qui du coup incombent en partie à M. : travaux ménagers, contrôle de la scolarité de ses jeunes sœurs, gestion d'un quotidien douloureux et chaotique affectivement, psychologiquement.
M. lucidement analyse les dysfonctionnements familiaux, préconise la nécessité de soins pour sa mère, et un changement de garde de ses trois sœurs qui réclament leur père. Un signalement au Procureur de la République a été fait.
M. poursuit avec sérieux une scolarité irréprochable, envisage un bac professionnel. Pense que sa réussite scolaire conditionnera sa réussite personnelle et future.
Direction générale de l'Enseignement scolaire - Publié le 17 octobre 2001
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