
Jean-Michel Le Lannou, professeur de philosophie en première supérieure au lycée La Bruyère de Versailles
L'individualisme qui caractérise de manière, me semble-t-il fondamentale, notre actualité spécifie une modalité de rapport de l'individu à autrui dans la distance, dans la séparation, et même parfois dans le conflit. Il détermine cependant d'abord le rapport de l'individu à lui-même. Celui-ci dans une adhésion première se veut, veut être " lui-même". Cette revendication d'originalité, de spécificité, de différence, de nos jours affecte chacun. Etre consiste dorénavant à être soi et se vouloir dans sa particularité, c'est-à-dire à se vouloir dans sa différence. L'individu s'affirme positivement de deux manières : dans une relation d'adhésion à ses déterminations, il s'identifie à ce qu'il se découvre être, à ce qu'il est nativement, socialement, historiquement. Plus encore que séparation à l'égard d'autrui, vouloir être soi produit, me semble-t-il, un effet de clôture. L'individu qui s'affirme n'est que lui-même, rien de plus que lui. En ce sens, il est collé à lui, rejetant hors de lui tout ce qui l'excède. Il tient la particularité de fait qu'il se découvre être nativement, organiquement et historiquement, pour son essence. Cette affirmation ne s'identifie-t-elle pas à la plus violente des restrictions ? L'ampleur de ce qui disparaît dans une telle relation n'est-il plus ressenti ? Qu'est-ce en effet qui s'efface nécessairement quand la particularité de l'individu est tenue pour ultime ? Assurément, tout ce qui diviserait l'individu d'avec lui-même, c'est-à-dire tout ce qui l'ordonnerait à une instance extérieure, transcendante ou normative. Et plus encore, tout ce qui l'enjoint à dépasser l'étroitesse de l'individualité. Son affirmation propre, celle qui identifie la réalité à cette adhésion à soi, dénonce même, dans la radicalité de l'individualisme contemporain, la transcendance de l'objectivité, de la vérité, donc de l'universalité, toutes renvoyées à la fiction, pour reprendre les termes critiques du philosophe Richard Rorty. Tout cela apparaît dorénavant extérieur à l'individu, et par là même irréel.
C'est ainsi, me semble-t-il, la possibilité d'apprécier la particularité qui disparaît. Selon cet individu, rien, en lui, ne l'appelle à se dépasser. Par quelle mutation cette disparition est-elle advenue ? Le jugement porté sur la particularité que nous sommes s'opère la plupart du temps de deux manières. D'une part, en une appréciation sur la qualité propre de ses actes au nom d'un critère, selon donc une normativité spécifique, qu'elle soit éthique, juridique, ou esthétique. Cette possibilité de jugement tend à disparaître dans l'individualisme hédoniste et dans le relativisme. Dans une société qui produit l'équivalence des normes, donc leur indifférence, ce type de jugement s'abolit dans la dénonciation parfois violente de son illégitimité renvoyée à extériorité purement factuelle.
Plus grave encore, me semble-t-il, c'est d'autre part, la particularité elle-même qui n'est dorénavant plus appréciable. Qu'est-ce qu'être un individu, qu'est-ce qu'est être soi-même si ce n'est être un individu privé, c'est-à-dire un individu séparé ? N'être que cela, revient toujours à faire l'épreuve de la pauvreté, à être affronté à l'étroitesse et à la restriction. Si la possibilité de juger cette particularité comme déficience disparaît, alors celle-ci devient par là même, et inéluctablement, le seul horizon de notre existence. Il va dorénavant de soi qu'être, soit être un individu. Nécessairement donc, nous sommes réduits à cette pauvreté et à cette déficience. Nous nous restreignons, oubliant toute alternative possible, à cet être étroit strictement collé à sa particularité.
A une telle situation, subjectivement, nous ne pouvons pas consentir, et nous ne le devons pas. Dans le particulier que nous sommes nous ne pouvons que nous sentir emprisonnés. Dans l'individualité restrictive nous ne trouvons que l'inacceptable d'une clôture, que toujours nous souhaiterons excéder. La personnalité constitue une prison, elle entrave en nous l'élan fondamental à l'ampleur. Etre soi, c'est-à-dire se réduire à cette particularité, n'est rien de positif, cette restriction constitue tout au contraire la pire des servitudes.
Quel type d'appréciation se manifeste dans ce jugement ? N'est-ce pas purement et simplement une protestation subjective ? Pourquoi donc, et surtout au nom de quoi, ne pas consentir à n'être que " soi-même " ? Pourquoi ne pas se vouloir particulier ? Pourquoi refuser de cultiver sa différence, sa spécificité, son " être-soi " ? Cette contestation est-elle formulée seulement au nom d'un sentiment, l'insupportable de n'être que cela ? N'est-elle pas plus profondément la manifestation d'une tendance surgissant en nous, et ne venant pas de nous ? Ce refus, de droit nous révèle notre destination à la liberté. Sa présence même nous empêche de consentir à être simplement nous-mêmes, complaisant à notre particularité. En nous, cette tendance œuvre comme puissance d'excès et d'ouverture, puissance de l'immensité, exigence d'illimitation. A proprement parler l'appel de l'universel, en et par elle, tend à défaire toute clôture.
Quel rapport avons-nous donc à l'universel ? Comment se manifeste-t-il pour nous ? Il se présente tout d'abord dans cette protestation à l'encontre de la particularisation. Il se produit ainsi, en premier lieu, en cet effet d'ouverture. L'universel ne se présente pas initialement en une Idée. Il n'est assurément pas non plus donné en une communion concrète, il œuvre comme arrachement à l'adhésion et à la clôture en soi. Que vise précisément cette exigence ? A outrepasser la restriction que nous sommes. Quelle puissance lui reconnaître alors ? Quel est en outre le statut de cette protestation contre le règne de la particularité ? Quelle en est la puissance, peut-elle ne pas demeurer aporétique et vaine ? L'adhésion de l'individu à lui-même peut-elle donc, si ce n'est être défaite, du moins entravée ? Est-il inéluctable qu'un mouvement de fermeture nous colle de plus en plus fortement à nous-mêmes ? Ne se développe-t-il pas, au contraire, du seul fait de notre faiblesse, de notre manque de résistance, de notre absence de dénonciation ? L'exigence d'universalité serait-elle purement subjective ? Qu'elle demeure telle, la vouerait assurément à l'impuissance. Elle doit donc, pour s'actualiser, produire les conditions concrètes, sociales, politiques, culturelles de son effectuation. Nous avons ainsi à retrouver en nous, et plus encore à maintenir et à développer, les conditions de son exercice. Quelle réalité concrète cette exigence d'ouverture et de détachement se donne-t-elle donc ? Où et comment l'exigence de l'universel peut-elle, dans une société telle que la nôtre, apparaître et produire des effets ? Qu'est-ce donc qui peut socialement, politiquement et culturellement, rompre le règne de l'adhésion ? N'est-ce pas dans l'École que nous trouvons la seule institution qui puisse résister face au processus de subjectivisation, et interrompre l'adhésion asservissante de chacun à lui-même ? La subjectivisation extrême tend dorénavant à ensevelir toute détermination d'objectivité, de vérité, de langage même, dans la seule réalité de l'individu. Le propre de l'école, tout à l'opposé, consiste à arracher la simple et immédiate individualité à elle-même. Ainsi, elle lui rappelle qu'il n'est pas un avec lui-même, qu'il n'est pas lié nécessairement à lui-même, qu'il a à devenir. L'école d'elle-même, et essentiellement, nous arrache à notre confusion première, et nous enjoint d'outrepasser la facticité contingente et native qui en apparence seulement constitue. Quelle puissance lui reconnaître, dans cette société qui produit des individus dont l'exigence première, et parfois unique, consiste à être soi, et à s'enfermer en eux-mêmes ? Comment l'école pourrait-elle rompre le règne de cette personnalisation ?
Il faut donc examiner un conflit. Tout d'abord il importe de mesurer la puissance de l'adhésion. Etre soi consiste à dire " je suis ce que je suis ", à pose pratiquement que nous nous réduisons à nos déterminations factuelles. Je suis et me veux,, en une immédiate identification, ce que je me découvre être, dans ma famille, ma tradition et ma culture. L'identité personnelle se définit par des appartenances. Tenues pour seules positivités, elles se transforment en revendications identitaires. Etre soi, ou, dans cette perspective, être vraiment, et par là même exercer fidèlement la volonté, revient à se vouloir, donc à " cultiver sa différence ". Etre soi s'égale ainsi à consentir à la passivité de ce que l'on se découvre être, donc au nativement donné. Par là même, l'ensemble de ces déterminations vitales, organiques, historiques, sociales, sont revendiquées comme constituant notre personnalité. Cet amour de soi se légitime pratiquement de la puissance factuelle de sa diffusion sociale. Mais, et c'est là le paradoxe, il ne s'en tient cependant pas à cette facticité, il prétend se légitimer théoriquement en affirmant l'impossibilité de droit de se détacher de soi. Le propre de l'individualisme se radicalisant, consiste ainsi à dénoncer la réalité et la légitimité de toute instance qui prétendrait excéder la clôture du " moi ". Aucune puissance de détachement pour lui n'a de réalité. Aucune ne peut venir arracher l'individu à lui-même, ou plutôt toutes celles qui le prétendent s'avèrent irréelles. L'impossibilité de ne pas être soi, ainsi dogmatiquement affirmée, assure alors que la réalité se réduit pour nous à être un individu. L'universalisation est ainsi renvoyée à l'abstraction vide. Ne pas être soi-même, c'est-à-dire collé à des particularités contingentes, c'est n'être rien. La seule alternative revient ainsi à opposer, soit cette individualité absolutisée dans et par la positivité de l'amour de soi, soit une pure et simple évanescence, c'est-à-dire la fiction du détachement, ou son irréalisation destructrice. L'on comprend combien fortement alors, il va de soi que " nous " devions tenir à notre moi. L'universel apparaît dangereux : prétendre se détacher de soi-même, tenter de se défaire de la pression de la facticité, reviendrait à se vouer à une pure et simple dissolution.
Dans notre société libérale, la puissance de ce désir " d'être soi " détermine ainsi toute identité possible. La possibilité même de pouvoir être autrement disparaît. Cette société produit des individus voulant faire l'épreuve de leurs " propres " affects. Dans l'expérience de la consommation ils éprouvent immédiatement leur " réalité " et le lien constitutif à leurs désirs, dans l'exclusif espoir d'en varier la satisfaction, c'est-à-dire de changer ou d'intensifier le contenu de cette consommation. L'adhésion de chacun à lui-même devient par là même son unique destin. Exister signifie dorénavant inéluctablement être voué à être " soi-même ", dans la seule variation des affects. Parfois cependant, une incertitude surgit sur cette identité, ou même une " fatigue d'être soi " ou, plus gravement encore, l'impuissance d'être soi. En deçà de cette adhésion s'ouvre alors, tel un effondrement, la labilité d'une dépossession. En elle cependant, l'individu demeure toujours enfermé. Il demeure collé à cette fatigue, à l'épreuve de cette impuissance, ou à sa lassitude d'être soi et ce sans alternative.
Dans un tel régime, être soi se comprend et s'énonce comme être " librement " soi-même. Tout ce qui précèderait, excèderait, ou transgresserait l'individu est ici assimilé à une entrave à l'auto-affirmation, est donc déréalisé. L'individu se veut, et veut se produire lui-même, s'inventer lui-même, ou se refaire lui-même, pour jouir de soi. La liberté s'identifie à une présence à soi-même que plus rien ne disjoindrait d'elle-même. Etre libre, s'identifie de fait à être collé à soi.
Ne faut-il pas interpréter cette existence comme la pire des servitudes ? Quel est ce " soi " qui se veut ? Qu'est-il d'autre que la contingence d'une naissance, et surtout d'une détermination sociale ? Qu'est-il d'autre que la plus puissante des restrictions ? Cette illusion de liberté ne produit que la pire des clôtures, celle qui ne peut même plus être éprouvée comme telle.
Est-il cependant inéluctable que l'exigence libératrice du détachement, actuellement effacée disparaisse complètement ? Ne peut-on la retrouver, ne doit-on pas la recomposer, pour réveiller l'idée que n'être que ce soi, cet être particulier, revient à nier violemment la capacité d'illimitation et la puissance d'ouverture qui nous constitue fondamentalement ? Ne pourrions-nous retrouver l'idée que n'être que soi-même conduit à renoncer absurdement à l'extension à laquelle la pensée nous destine ? Pour dénoncer l'illusion asservissante, pour nous opposer à ce qui nous lie à la déficience de notre individuation factuelle, il nous faut nous arracher à tout ce qui nous retient, à tout ce qui nous englue dans la particularité. Nous ne nous libèrerons de son étroitesse qu'en retrouvant la réalité de la tendance à l'universalisation. Comment alors accueillir en nous cela qui nous constitue véritablement, la puissance d'ouverture et d'illimitation ? La plupart du temps cependant cette puissance demeure obscure, comme oubliée ou endormie en nous.
Cependant, rien n'est par là même décidé : où et comment une telle universalisation peut-elle s'opérer ? Quelles en sont les modalités concrètes, c'est-à-dire pratiques ? Qu'est-ce qui peut venir nous " décoller " de nous-mêmes ? Que faut-il donc faire pour accueillir en nous la tendance à l'universalisation ? Comment surtout lui devenir fidèle ? Que faut-il déposer, à quoi faut-il pour cela renoncer ? Cette libération s'avère assurément difficile, paradoxale même dans la mesure où précisément nous commençons toujours dans l'adhésion de l'enfance, et que le plus souvent notre société de consommation nous maintient dans cette enfance, qui prend la forme du désir d'être soi-même. Comment rompre l'enfermement dans cette fascination ?
L'exigence ne peut venir de l'individu lui-même. Elle ne peut non plus provenir de la vie, encore moins de la société, et assurément pas du " marché ". D'où surgit alors l'injonction à l'arrachement à sa propre particularité, c'est-à-dire l'ouverture à l'universel ? Elle n'apparaît en nous que de l'instance propre de l'universel, c'est-à-dire de l'École.
Le lien de l'école à l'universel n'est-il pas en effet intrinsèque ? L'école non seulement est animée, mais encore directement instituée, par l'exigence d'excès de toutes les restrictions. L'universalisation en constitue l'essence. Cependant, ne faut-il pas dire, à l'encontre même de cette affirmation, que l'école a une fin particulière propre ? Qu'est-elle ? Laissons de côté l'idée que sa destination soit que chacun puisse s'y exprimer et fasse valoir sa revendication d'être soi. Il n'est pas besoin de l'école pour " exprimer sa spontanéité ". L'école ne vise-t-elle pas la transmission d'un savoir, ou une formation particulière ? Quel est alors le contenu de ce savoir, quels en sont les programmes ? Toute assignation particulière et déterminée d'une fin à l'école me semble illégitime. Lui assigner une telle finalité reviendrait à en borner la puissance de transformation. Strictement, cela consiste à la soumettre à une détermination extérieure. Le savoir en elle ne serait plus libérant, il serait savoir de ceci en vue de cela. Cela reviendrait à limiter ce qui peut et doit surgir en et par elle, c'est-à-dire son pouvoir d'ouverture. Il ne s'agit bien évidemment pas de nier la nécessité de la transmission du savoir, mais ce qui est directement en question c'est en elle le rapport au savoir. Affirmer l'absence de fin propre de l'école n'est-ce pas, opposera-t-on, la vouer à l'indétermination ? Assurément, et c'est ce qu'il faut en son principe accepter. Il faut même le revendiquer. De cette indétermination, une double élucidation est cependant nécessaire. Il ne s'agit en rien de renoncer ni aux programmes, ni aux divers contenus des formations. Pour autant, seule la maîtrise de cette formation, du programme ou du continu est déterminante, c'est-à-dire libérante, dans et par sa réflexion. Qu'apprend-on vraiment en elle, si ce n'est le fait de ne pas se limiter à quelque contenu que ce soit, à ne pas définir la pensée ou la volonté par lui, la possibilité donc de ne pas s'égaler simplement à une activité privée et séparée ? Plus encore, assigner une fin particulière à l'école reviendrait à l'assimiler à toutes les productions sociales hors d'elle. Celles-ci sont toutes enfermées dans leur particularité et se définissent par elle. Les hommes, hors d'elle, sont formés, selon Fichte, par les circonstances auxquelles ils s'abandonnent. En ces circonstance ne règnent que partialité et unilatéralité. Le seul lieu social où celles-ci soient excédées est bien l'école. Qu'apprend-on donc fondamentalement en elle ? La puissance du possible, l'ampleur de notre pouvoir de changement. Nous y découvrons que nous ne sommes pas voués à demeurer ce que de fait nous nous découvrons être. En elle, par elle, nous apprenons que nous pouvons nous modifier. Rien ne limite cette puissance de modification. De fait cependant, la capacité de transformation sera peut être restreinte, et ce pour des raisons sociales, politiques, donc des raisons d'asservissement, ou encore de paresse. Mais ces motifs de faiblesse et de déficience ne sont rien de droit. Rien, à proprement parler, ne restreint l'ouverture, qui en et par elle, devient nôtre.
L'école, d'elle-même, œuvre à l'universalisation. Telle en est la tâche propre. Elle n'est, à proprement parler, rien d'autre. Elle s'instaure comme le lieu de cette expérience, l'épreuve en et par laquelle nous apprenons à ne pas demeurer exclusifs, et à tendre à nous défaire de nous-mêmes. En elle s'opère l'excès de soi vers l'universel.
Que signifie cette universalisation ? A quoi conduit ce processus ? Qui devient-on par lui ? Il ne s'agit assurément pas d'abandonner toute particularité. Il ne s'agit en rien pour l'individu de s'abolir, au sens d'effacer en lui ses déterminations et de devenir un universel " abstrait ". Au contraire, il importe en cette libération de nous rapporter à ce que de fait nous sommes et nous ne pouvons pas ne pas être, par la facticité de notre naissance, d'une nouvelle manière. Chaque détermination en nous peut et doit être tenue à distance. Nous pouvons interrompre la confusion première qui nous colle à nos prédicats. Assurément il va d'abord de soi que je suis ceci et cela, mais suis-je voué à le demeurer ? Par l'école, cette première attribution, la confusion du " je suis ceci ", peut être défaite. Non seulement, je suis virtuellement tous les autres prédicats, mais je suis surtout la possibilité de passer au delà de toutes les identifications restrictives et séparantes, pour m'ouvrir à une communication universelle.
Il me semble ainsi que ce à quoi nous sommes aujourd'hui affrontés, et dont nous devons prendre la conscience la plus claire, réside en ce conflit fondamental. Soit l'individu se voulant lui-même en une pleine égalité s'enferme dans le destin de son étroitesse, soit ce ne sera qu'en s'opposant à lui-même, dans la reconnaissance d'une déficience originaire, qu'il se libèrera. Il découvre alors dans cette division principielle qu'il peut, qu'il doit même, excéder la restriction et la pauvreté de sa particularité. Un tel conflit, me semble-t-il, a deux lieux. Celui de notre intériorité, donc d'une expérience " spirituelle ", dans la forme de notre détachement, mais surtout et encore, il a l'École comme modalité instituante. Puissance de contestation, celle-ci s'institue dans cette absence, l'avive et développe l'insatisfaction. Non celle de n'être que ceci pour devenir encore cela, mais directement l'insupportable de n'être que particulier, de se limiter à cet être réduit à lui-même. L'école ainsi éveille et fortifie l'exigence essentielle de l'arrachement. Son oeuvre véritable consiste en cette injonction impersonnalisante. De droit libérante des prétentions subjectivisantes, dans le règne et dans la captation de l'individualisme, elle maintient l'exclusive puissance d'extériorité réelle à laquelle on puisse subordonner les prétentions égoïstes et absurdes à n'être que " soi-même ". Seule, elle échappe encore à la dissolution de toute réalité dans la personnalité, et dans la subjectivisation. Continuera-t-elle encore à résister à un cet asservissent processus ?
Approche pluridisciplinaire et enseignement de la philosophie en lycée professionnel du 27 au 30 août 2002
Direction générale de l'Enseignement scolaire - Publié le 01 juin 2003
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