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Rubrique : Publications : actes et textes

Retour à la page précédente Les médiateurs doivent être des catalyseurs

 

Jacky Simon, médiateur de l’Éducation nationale

L’objectif des médiateurs est de travailler à leur propre disparition. Leur rôle est de régler les problèmes et de faire changer les uns et les autres.

Le problème des familles les plus démunies est essentiel à observer, car il n’est que le miroir grossissant de ce qui se passe avec toutes les familles. Les rapports des parents avec l’École montrent une situation à la fois simple et compliquée. Nous sommes dans un domaine où règne historiquement depuis fort longtemps, une culture de la spécialisation. Cependant, si vous regardez le Code de l’éducation qui rassemble tous les textes de lois sur l’École, vous découvrirez comme moi que le mot famille est cité 27 fois ce qui est relativement important.

Je vais essayer avec vous d’aborder les questions suivantes :

Pourquoi existe-t-il une telle distance entre les familles et l’école ?

Il y a une spécificité française par rapport aux autres pays concernant les relations entre l’École et les familles. L’École en France s’est faite historiquement contre les familles. Condorcet, Le Peletier pendant la Révolution déclaraient " Les enfants appartiennent à la patrie et les parents n’en sont que des dépositaires ". L’École française est historiquement le lieu où on amenait les enfants pour en faire des citoyens éclairés hors de la famille et de l’Eglise.

Il s’est passé beaucoup de choses depuis deux siècles. Deux choses dans le domaine de la formation ont changé :

Est-ce que la position des enseignants a changé ? Est-ce que nous ne sommes pas pour un certain nombre d’enseignants très proche de ce que déclarait Napoléon en 1810 au Conseil d’Etat concernant le statut des professeurs :

Les derniers des professeurs de lycée sont des magistrats importants ; ils ne sont pas comme des entrepreneurs de pension, des maîtres d’hôtel et des stipendiés ; ils marchent le front levé avec les parents dont ils sont les égaux ; ils n’ont point devant eux une contenance de salarié ; ils n’assujettissent pas leurs principes aux caprices et à la mode ; ils ne sont point obligés à de fâcheuses et puériles condescendances ; ils peuvent faire tout le bien qu’ils sont appelés à produire. Enfin, j’ai voulu réaliser dans un état de quarante millions d’individus ce qu’avaient fait Sparte et Athènes, ce que les ordres avaient tenté de nos jours et n’avaient fait qu’imparfaitement, parce qu’ils n’étaient pas un. Je veux un corps qui soit à l’abri des petites fièvres de la mode, un corps qui marche toujours quand le gouvernement sommeille, un corps dont l’administration et les statuts deviennent tellement nationaux qu’on ne puisse jamais se déterminer légèrement à y porter la main. Si mes espérances se réalisent, je veux trouver dans ce corps même une garantie contre les théories pernicieuses et subversives de l’ordre social dans un sens ou dans un autre ".

Aujourd’hui, nous assistons à une montée de l’exigence de résultats de la part des parents qui sont inquiets pour l’avenir de leurs enfants et qu’on taxe trop souvent un peu trop rapidement de consuméristes. Il est normal que les parents soient intéressés par le devenir de leurs enfants, d’autant plus qu’ici ou là, la tendance est plutôt de leur reprocher l’inverse. Est-ce que n’est pas normal qu’une famille s’interroge sur le meilleur débouché, la meilleure formation possible ? Est-ce que c’est du consumérisme de dire : il faut s’intéresser à des choses qui nous concernent ? Retour en haut de la page

Il faut accepter les demandes des familles, y compris avec les contradictions qu’elles portent.

Face aux demandes des familles, il serait faux de dire que l’Éducation nationale est restée muette, n’a rien fait. Je pense pour ma part que l’on a apporté des réponses institutionnelles très utiles et très importantes : délégués des parents, instances de concertation (conseil d’administration, conseil d’École, conseils de l’Éducation nationale).
De multiples textes sur le rôle des parents à l’École ont été publiés. Dans ces textes, rien n’est secondaire, il est aussi important de dire que chaque association de parents d’élèves aura une boite aux lettres dans l’École que d’évoquer la participation des parents au fonctionnement du conseil, car souvent les réalisations concrètes facilitent une bonne participation.

De nombreuses initiatives se développent, notamment pour rendre le fonctionnement de l’École moins complexe. C’est une bonne chose, mais il faut aller plus loin. Les textes affirment que les parents sont membres de la communauté éducative. Je préférerai qu’on écrive que le parent est membre de la communauté éducative car trop souvent l’École apporte des réponses impersonnelles aux questions personnelles des familles dont elle a tendance à se méfier. Seuls, les initiés culturellement comprennent les codes de langage utilisés.

Qu’apporte l’expérience du médiateur ?

L’École, il faut le savoir, fait peur à un certain nombre de familles fragiles qui ont peur de toutes les institutions. Il faut se concentrer sur les rapports du parent et du maître et non pas en général sur les parents et l’École. Les questions sont compliquées lors du dialogue singulier entre l’enseignant et le parent ; le parent s’inquiète : qu’est-ce que je peux demander à l’enseignant ? L’enseignant s’inquiète : qu’est-ce que je peux demander à la famille qui ne soit une irruption dans sa vie privée ?

L’École, les enseignants doivent comprendre les logiques de chacun, respecter le secret professionnel et tout faire pour instaurer un climat de confiance. Ce n’est pas seulement le fait de circulaires, c’est le fait d’un état d’esprit qu’il faut insuffler à tous les personnels de l’Éducation nationale. L’École ignore trop souvent les conditions de vie des élèves, tient un langage uniforme sans souvent prendre de précautions. Mon idée est d’arriver à pouvoir mettre en place une charte du dialogue parent-enseignant sur les domaines de discussions et de compétences. Cette charte devrait indiquer quelques grands principes et quelques propositions de méthodes.

Il faut sans doute poser une ultime question : Peut-on améliorer les relations du parent et du maître si on ne clarifie pas les relations professeurs-élèves en matière d’évaluation ? Si l’on veut que les parents comprennent, il faut d’abord que les élèves comprennent ce qu’on leur demande.

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Morceaux choisis des actes de l'université d'été : Les relations parents-école : un enjeu pour la réussite scolaire des jeunes, du 9 au 12 juillet 2001 à Paris
Direction générale de l'Enseignement scolaire - Publié le 30 janvier 2003
© Ministère de l'Éducation nationale


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