
Le programme du cycle terminal vise à l'intelligence des quelque cent cinquante ans qui courent du milieu du XIXe siècle à nos jours, en croisant quatre échelles d'analyse : le monde, les pays industrialisés, l'Europe et la France. C'est sur les deux années et dans l'interrelation avec la géographie - qui joue, par exemple, un rôle proportionnellement plus important pour la connaissance de l'Europe en série scientifique - que l'on doit juger l'effort fait pour que les élèves aient une vision aussi éclairée que possible du monde dans lequel ils vivent, disposent des repères nécessaires pour évaluer ce qu'ils lisent, voient et entendent, mesurent la dignité de l'action et du débat publics, comprennent que la démocratie est un acquis sans cesse à consolider.
Outre la mise au point d'un texte propre au cycle terminal de la série scientifique et l'adoption de questions nouvelles en terminale - singulièrement "L'Europe de 1945 à nos jours" en ES/L et "Colonisation et indépendance" en S, sur lesquelles reviendra l'Accompagnement correspondant -, les programmes se distinguent des précédents par le choix du traitement de la période 1914-1945 en première, qui rend compte de la forte cohérence de ce premier XXe siècle. La place qui lui est attribuée dit son importance : la moitié de l'horaire disponible en ES/L et 60 % en S, ce qui laisse la possibilité de consacrer une plage de temps identique dans les trois séries pour étudier les totalitarismes et la Seconde Guerre mondiale : une douzaine d'heures.
Ce choix fait de la classe de terminale un ample espace d'analyse de la seconde partie du XXe siècle et des débuts du XXIe siècle. La préparation du baccalauréat, l'établissement de liens avec la géographie de l'espace mondial et l'éclairage du temps présent en seront facilités.
La France bénéficie au moins du tiers du total horaire dans chacune des séries. Ce choix, en harmonie avec l'inflexion de la production historique des dernières décennies, prolonge une ligne établie au collège et relayée par la cinquième partie du programme de seconde : "La Révolution et les expériences politiques en France jusqu'en 1851". Il répond à une exigence d'analyse raisonnée de la tradition qui nous a été léguée, de constitution d'une mémoire commune, inclusive et ouverte à la fois, de mesure du poids national dans l'ensemble européen et mondial contemporain.
Cet accent mis sur notre pays s'inscrit dans un programme ouvert sur l'Europe et le monde, refusant l'étanchéité du cadre national et l'enfermement dans un savoir sur soi.
Il est de la responsabilité des professeurs d'accorder une place plus ou moins importante au cas français dans les études globales, comme "La Première Guerre mondiale et les bouleversements de l'Europe" en première ES/L ou "Colonisation et indépendance" en terminale S. Et tout autant de choisir éventuellement de conclure par une mise en perspective internationale des études que le programme centre sur la France : "Les démocraties libérales durant les années 1930 : l'exemple de la France" en première ES/L, "Bilan et mémoires de la Seconde Guerre mondiale" en terminale ES/L ou encore "Économie, société et culture" en terminale S.
Les programmes et les Compléments des années 1980 puis les programmes et les Accompagnements de 1995 et 1997 ont posé des questions centrales touchant aux liens entre l'histoire comme construction intellectuelle et son enseignement. Outre le fait qu'ils réaffirment l'importance de l'étude du monde dans lequel nous vivons, les programmes de 2002 se situent dans cette filiation par deux choix importants.
C'est en perspective de longue durée qu'il convient d'aborder les phénomènes structurels comme le processus d'industrialisation, la croissance et les transformations sociales et culturelles qui leur sont liées, ou des objets historiques de grande ampleur comme la séquence colonisation-décolonisation des XIXe- XXe siècles (terminale S). C'est dans ces cadres d'ensemble que des événements ayant marqué ces mutations doivent être étudiés : faits particulièrement notables par les conséquences qu'ils ont produites, qui ont pu affecter brutalement les situations et les acteurs, ils ont infléchi l'évolution sans en remettre en cause les données essentielles.
D'autres thèmes, tels l'histoire politique de la France et les conflits mondiaux, relèvent d'une approche différente, à la scansion plus rythmée et à la prise en compte marquée de l'événement, du jeu des acteurs et de l'aléatoire - sans qu'on néglige pour autant d'aider les élèves à les rattacher aux grandes évolutions évoquées plus haut (ainsi de la guerre totale par rapport à l'âge industriel) et à les inscrire dans une périodisation à moyen terme.
La continuité historique dans l'enseignement est un mythe : on n'a jamais couvert l'ensemble des champs de l'histoire, même dans les territoires privilégiés par les programmes (ce qu'on appelait "continuité" était en général celle du politique à l'échelle nationale ou des relations internationales) ; a fortiori, on n'a jamais pris en compte la succession ininterrompue des temps ou tout ce qui se passait de manière synchrone à un moment donné de l'aventure humaine. L'écriture des programmes prend acte de cette réalité et privilégie quelques moments, choisis en fonction des finalités de la discipline, de leur valeur pour la compréhension de la période et de la diversité des thématiques exploitables. Elle se situe ainsi dans la continuité des deux derniers programmes de seconde, même si la relative brièveté de la période étudiée en première et en terminale masque en partie ce trait.
Autant qu'en seconde, il importe d'aborder franchement et directement ces moments historiques, qui ont leur valeur culturelle et formatrice propre, sans exposer de manière indifférenciée le réseau de leurs "causes" et plus encore sans s'astreindre à combler les intervalles chronologiques qui les séparent. À la quête a priori des origines tout autant qu'à un inventaire des conséquences, on préférera une démarche partant des questions posées par l'étude des moments historiques, conduisant à relire de manière ciblée ce qui s'est passé avant ou à suivre quelques postérités, sans ambition de tout dire. De ces postérités, les bilans matériels ou géopolitiques n'épuisent pas la richesse : on les repère éminemment aussi dans la mémoire des événements, que le programme incite à plusieurs reprises à étudier : pour la Première Guerre mondiale et le Front populaire en S, pour le Front populaire en première ES/L et la Seconde Guerre mondiale en terminale ES/L.
Le commentaire du programme de première S illustre l'ensemble de cette démarche dans "2 - Les Français dans la Première Guerre mondiale".
Dans l'ensemble des approches pédagogiques évoquées ci-dessus, le recours à un petit nombre de faits choisis en fonction de leur valeur signifiante est indispensable pour asseoir la compréhension et structurer la connaissance.
Ce qui rend utile et pensable un enseignement de l'histoire est que les âges entretiennent entre eux une solidarité à double sens : la faculté d'appréhender le présent, d'être sensible à ses questions et ouvert aux expériences qu'il offre incite à l'investigation du passé, tandis que la méconnaissance de ce dernier induit l'incompréhension du présent, nullement doté d'un "privilège d'auto-intelligibilité" (Marc Bloch). Aussi attentive qu'ait été la rédaction des programmes, c'est d'abord grâce aux enseignants que les élèves éprouveront cette solidarité et que celle-ci concourra à leur formation intellectuelle et humaine.
Direction générale de l'Enseignement scolaire - Publié le 07 mai 2003
© Ministère de l'Éducation nationale