Contre le nouveau programme

enseignant du secondaire - Rouen, 18/12/2000 - 07h02
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Le nouveau programme de Philosophie, adopté au BO du 31/8 est globalement inacceptable en l'état.
Les formules embrouillées et les dénégations de l’exposé des motifs et des principes masquent le fait que ce programme vise à « normaliser » la philosophie enseignée en lycée en imposant la doctrine officielle selon laquelle nous sommes « dans une société démocratique, dont la dynamique ne cesse de se développer sous nos yeux secteur par secteur ». À elle seule, cette formule montre que les références au développement de l’esprit critique chez les élèves sont purement verbales. Le contenu du programme confirme ce jugement. Le programme ne vise-t-il pas à former une « culture réflexive et critique commune », cet oxymoron digne de la « novlangue » du « 1984 » de George Orwell ?
La suppression de certaines notions (passions, imagination, mathématiques, etc.), la réduction de la métaphysique à la portion congrue posent déjà de nombreux problèmes. Mais surtout l’exposition systématique des notions par couples indique qu’il ne s’agit plus d’apprendre à philosopher mais d’enseigner les réponses à des problématiques prédéfinies, dont la formulation induit déjà d’elle-même l’adoption d’un certain type de philosophie. Pourquoi la liberté devrait-elle nécessairement être étudiée en relation avec le déterminisme ? Pourquoi « désir et besoin » et non « désir et passion » ou « désir et raison » ?
Le plus grave réside dans les « questions à ancrage contemporain » qui, pour certaines, présentent un caractère idéologique avéré. Que veut dire « La question de la technique », sinon une référence quasi explicite à la formulation heideggerienne ? Que veut dire « La question de la société juste : égalité et différences », sinon l’inscription de la réflexion dans le cadre des pensées néokantiennes développées du côté du libéralisme politique américain ? Les trois questions « Citoyenneté antique et citoyenneté moderne : la question de l’esclavage - La question de la souveraineté : droit naturel et contrat social - La question de la société juste : égalité et différences » reprennent intégralement le cours de licence de M. Renaut. Doivent-elles être considérées selon l’interprétation qu’il en donne sur le site Internet de Paris-IV : « On s’attachera à montrer comment, enrichis et complexifiés par les différentes conceptions qui s’y sont exprimées, les principes des droits de l’homme ont tout à la fois renouvelé et problématisé les exigences démocratiques, aussi bien dans l’espace public que dans les relations entre les genres ou entre les cultures » ? Faudra-t-il nous rallier à quelque version du multiculturalisme ou des « gender studies » ?
L’insistance mise sur la dissertation comme technique d’argumentation et de communication préfigure une transformation radicale du sens de cet exercice. On peut difficilement éviter de voir là la tentative d’organiser « la défaite de Platon » pour reprendre le titre d’un livre du précédent Ministre de l’Éducation Nationale, celui-là même qui a commandé au « GTD Renaut » le nouveau programme.
La réduction des horaires de philosophie en Terminale L et en Terminale S démontre enfin qu’il ne s’agit pas, par ce nouveau programme d’aider les élèves et de faire face aux problèmes actuels de notre enseignement, mais bien d’organiser sa dénaturation.




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