enseignant du secondaire - Nice, 02/12/2000 - 22h31
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LA PHILOSOPHIE AU LYCEE : LA FIN D'UNE CROYANCE
OU l'IMPOSSIBLE DIALOGUE
QUE PENSER C'EST AUSSI APPRENDRE A DIRE OUI
CONTRE LE DESESPOIR ET L'INERTIE DE LA BELLE AME
INCAPABLE DE SURMONTER L'ESPRIT DE SON TEMPS
LE NOUVEAU PROGRAMME DE PHILOSOPHIE EN APPELLE , EN EFFET, AU BON SENS DES PROFESSEURS DE PHILOSOPHIE :
SI NOUS NE POUVONS PLUS CONCEVOIR L'ENSEIGNEMENT DE CETTE DISCIPLINE SANS L'ACCOMPAGNER DE PRATIQUES NORMATIVES NOTAMMENT DANS LE CADRE DE SON EVALUATION AU BACCALAUREAT, IL RESTE QUE LA REAFFIRMATION DE SA NECESSITE DANS L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE COMME APPRENTISSAGE DE LA LIBERTE MARQUE PEUT-ETRE LA FIN D'UNE UTOPIE, MAIS FOURNIT SURTOUT L' OCCASION A L'ENSEMBLE DE LA COMMUNAUTE ENSEIGNANTE DE FAIRE LA DEMONSTRATION QUE LA VRAIE SAGESSE N'EST PAS DANS LA CROYANCE EN UNE INDEPENDANCE ILLUSOIRE MAIS DANS LA CONSCIENCE QU'ELLE PREND DE SES PROPRES LIMITES .
Sommes-nous en train de vivre in concreto le passage à la maturité de notre propre conscience philosophique , lorsque collectivement nous nous interrogeons sur les effets du nouveau programme paru le 31 août 2000 au B.O. ?
A présent consultés sur les éventuels amendements à apporter à ce texte issu de près de 15 ans d'échecs successifs, et pourtant considéré comme une urgence, sans quoi c'est l'ensemble de la profession qui risquerait "d'aller tout droit dans le mur" faute de savoir s'adapter aux nécessités de son temps, nous apparaissons curieusement à la fois unis sur l'idée que "l'esprit se perd" et conscients du danger qui fait de ce programme le tirage de la dernière chance. Alors que faire ?
Peut-être convient-il de prendre à nouveau le temps de la réflexion, comme l'indiquent "les motifs" mêmes du GTD et de profiter de cette consultation nationale pour redéfinir ensemble
1) ce que signifie enseigner la philosophie au Lycée
2) ce que nous voulons et pouvons objectivement évaluer de cet enseignement dans le cadre d'un examen normatif comme le Baccalauréat.
Ainsi, s'adapter ne veut pas dire forcément ni plier ni céder, ni perdre notre liberté. Il semble en réalité que la conjoncture sociale et économique de notre monde contemporain ne nous laisse guère le choix. Ailleurs comme en philosophie, exercer le jugement critique chez des jeunes adultes appelés à prendre des responsabilités et à conduire des projets individuels ou communautaires ne peut se justifier que par l'examen des préalables à toute décision personnelle. Dans ces conditions, je ne vois pas ce qui empêche dans ce nouveau programme un professeur de philosophie de continuer à faire ce qu'il a toujours été question, si je ne m'abuse, d'inculquer aux élèves qui nous sont confiés, à savoir d'apprendre à "être" plutôt qu'à "paraître", et de ne pas se fier aux apparences sans jugement.
Or, dans une société comme la nôtre, où la communication et les technologies sont non seulement de plus en plus diversifiées, donc difficiles à maîtriser rapidement, obligeant à la spécialisation, et à la défense des monopoles dans la course folle pour le contrôle de l'information, nous estimons que, plus que jamais, la Philosophie à un rôle capital à jouer pour donner à la jeunesse de notre pays le sens des vraies priorités, lui enseigner encore le respect de l'autre pour lui-même, et l'aider à s'orienter sans trébucher gravement dans les nombreux pièges que lui tendent les nouveaux mécanismes de la séduction en tout genre, aussi artificielle que sophistiquée. Nous ne serons dès lors pas trop de notre savoir et de notre savoir-faire pour accompagner , non pas en nous fossilisant dans des textes réglementaires, mais par un renouvellement des consignes de travail clarifiant les objectifs à évaluer, et par la mise à jour de méthodes éprouvées, pouvant tenir lieu de sens commun à propos des principales règles de conduite applicables également en classe de Philosophie.Un point pourrait ici faire l'objet d'un développement plus précis dans le texte du nouveau programme ou dans un document d'accompagnement : qu'il soit procédé à une définition plus claire de la fonction de la dissertation philosophique afin que celle-ci ne dérive pas "sur le terrain" vers l'apprentissage des nouvelles "logomachies" .
C'est pourquoi, la Philosophie ne peut rester plus longtemps accrochée et bornée à quelques vieilles utopies qui feraient d'elle, une fois de plus, le martyre tout désigné d'un fort mauvais procès, pour ne pas vouloir évoluer dans un système qui lui, bouge et se transforme. Pire, au lieu de l'impiété de ses premiers apôtres , on pourrait bien lui faire grief de ne pouvoir prétendre devenir une science et de demeurer plutôt une croyance, un de ces mythes récurrents de la pensée sauvage qui ont la vie dure , de ceux qui, à chaque époque où l'ennui et le spleen prennent le dessus , ravivent immanquablement les blessures de "l'esprit du temps" et que l'on nomme, non sans raison, l'illusion de l' indépendance.
Aussi, considérant qu'il est du devoir d'une nation démocratique de faire tout ce qui est en son pouvoir pour préserver dans son institution scolaire la formation du jugement critique, mais considérant par ailleurs, que ce choix culturel, politique et institutionnel n'est pas un droit positif, et ne peut, par conséquent, demeurer intangible dans les faits, mais seulement par convention, et en conséquence, par l'adhésion générale à l'autorité naturelle dont il se réclame, un programme d'enseignement de la philosophie au Lycée doit continuer surtout à garantir la réalisation de l'ensemble du projet de société dans lequel il s'inscrit et que nous résumerons comme suit: l'éducation de la conscience individuelle conformément à l' usage idéal que chacun se fait de sa propre raison .
Que philosopher c'est apprendre à dialoguer ?
Afin que cette question au commencement du projet éducatif et culturel de la France ne demeure ni un vain formulaire administratif, ni la formulation rassurante d'un relativisme sans bord, encore moins une formule creuse et stérile tout juste bonne à habiller humainement la facticité de tout ce qui existe, prenons acte d'une véritable consultation, afin de réinventer ce qui doit continuer à déterminer le sens de notre mission d'Enseignement :
Que philosopher c'est seulement apprendre à penser.